Pollution et motophobie
Parler de la pollution des deux-roues motorisé "en général" est un non-sens, tout comme évoquer la pollution des voitures ou des camions "en général".
Oui, certains 2RM polluent effectivement plus que certaines voitures. Mais pas tous. Et pas par rapport à n’importe quelle voiture.
« Polluer » ne veut pas dire grand-chose non plus.
Certains 2RM à moteur thermique peuvent émettre plus de gaz (monoxyde de carbone, oxydes d’azote), mais émettent aussi bien moins de particules et d’hydrocarbures imbrûlés que la plupart des voitures. Voire pas du tout de particules fines, puisqu’il n’existe pas de 2RM à moteur diesel…
Les 2RM polluent en réalité moins que la plupart des voitures et sont une solution aux problèmes de mobilité et de pollution dans les grandes villes (Cf. dernière étude de l’ADEME).
Si on est de bonne foi, le 2RM apparaît clairement comme une solution en matière d’émissions polluantes et d’emprise sur l’espace urbain, non un problème.
Bien sûr, il faut comparer ce qui est comparable :
• on parle de machines récentes et bien entretenues,
• on parle de comparer des véhicules à moteur thermique récents, pas à moteur électrique,
• on parle de trajets similaires et représentatifs, effectués à vitesse adaptée à l’environnement,
• on parle de pratiques réalistes, adaptées aux spécificités de chaque type de véhicule.
Par contre, bien évidemment, cela ne veut pas dire que le 2RM représente la panacée. Il ne faut pas ignorer d’autres questions : capacité d’emport, bruit, sécurité routière, etc.
Prospective
Les progrès vers des deux-roues moins polluants se confirment, mais il reste encore beaucoup à faire en matière de dépollution. Les motorisations alternatives se font encore attendre.
Les moteurs électriques posent d’énormes contraintes techniques de volume, de poids et d’autonomie qui pénalisent leur prix de vente. Les carburants gazeux (GPL, GLN) ne sont pas applicables aux deux-roues car ils nécessitent des compresseurs trop volumineux.
Les moteurs à pile à combustible (hydrogène), qui semblent la solution la plus prometteuse, cumulent les handicaps :
• prix d’achat élevé (tant que les volumes de vente resteront faibles),
• fiabilité et durée de vie limitées (estimée aujourd’hui à deux à trois ans),
• sécurité (l’hydrogène est un gaz explosif compressé à 400 bars, la moto devient une bombe ambulante),
• absence d’infrastructure d’approvisionnement (pas de pompes à hydrogène en France)
• bilan énergétique global peu satisfaisant, du moins tant que l’on continuera à fabriquer de l’hydrogène à partir d’hydrocarbures.
Les moteurs à pile à combustible pourraient être utilisés en grande série à partir de 2030, d’abord sur les véhicules à grand gabarit (autobus, autocars, camions), puis sur les voitures. Pour les deux-roues, bien que des prototypes existent, ce n’est pas pour tout de suite…
Comme le demande la FFMC, la solution à court terme serait de parvenir à adapter aux deux-roues les motorisations à bio-carburant, avec des moteurs « flex-fuel », hybrides, semi-électriques…
Le compromis idéal reste à trouver. La demande restant encore faible, les constructeurs ne se pressent pas pour investir dans la recherche sur ce créneau, coûteux et peu rentable.
Et c’est bien la racine du problème (et de sa solution) ! C’est aussi à nous motards d’opérer une évolution culturelle. La communauté motarde ne s’est jamais vraiment sentie concernée par les questions d’environnement, comme si le simple fait de rouler en deux-roues (qui occupe moins d’espace au sol, roule moins longtemps, ne perd pas de temps à stationner, etc.) devait suffire.
Combien de motards préfèrent encore changer le silencieux de leur moto et virer le filtre catalytique pour mettre un pot « full barouf » carbone kéké réplica racing qui flattera leur ego et annulera tous les progrès technologiques accomplis sur la dépollution ?
