jeudi 21 novembre 2024

Les motards et le bruit

Pourquoi une moto doit-elle faire du bruit ? Là est la grande question… Tout simplement pour que ce bruit soit perçu par son propriétaire. Oui, mais le motard est situé en avant et au-dessus de la sortie du pot d’échappement. Avec le casque sur la tête qui atténue les sons et le bruit du vent, il n’entend pas grand-chose… Il faut que le son émis soit suffisamment important pour qu’il soit perceptible.

Parce que c’est plus beau à l’oreille ! Dans les débats souvent animés entre motards, beaucoup évoquent le côté agréable du « beau bruit ». On parle d’ailleurs de pot « qui va bien » pour parler d’un adaptable, par opposition à celui d’origine. L’explication résiderait donc dans le côté valorisant d’un bruit plus élevé ou tout au moins plus prononcé, plus affirmé. On est ici dans un jugement esthétique. Un « beau » son, c’est subjectif. Certaines sonorités peuvent être jugées agréables par certains et moins (ou pas du tout) par d’autres. Typiquement, le son émis d’origine par les moteurs est partie prenante de l’identité d’une moto. On reconnaît à l’oreille une Ducati, une Harley… Il permet aussi de distinguer une grosse cylindrée d’une petite cylindrée. C’est d’ailleurs pour cela que bien des possesseurs de petite cylindrée se croient obligés de « compenser » en augmentant le niveau sonore émis par leur machine.

Parce qu’un pot adaptable est plus beau ! Le pot, c’est sans doute la pièce la plus inutile dans une moto, celle qui sert le moins à la conduite et à la sécurité. Ce n’est même pas pour la performance : la plupart des pots adaptables font perdre de la puissance et du couple par rapport au pot d’origine. C’est surtout pour le look et le bruit. Eventuellement pour le gain de poids. Quand vous êtes sur la moto, vous regardez souvent votre pot ? Non, c’est juste pour faire plus beau à l’arrêt, pour l’admirer dans son garage ou depuis la terrasse du café. Le choix de changer son pot d’origine pour acheter un pot adaptable « plus beau » révèle, hélas, la hiérarchie des priorités pour le motard.

Mais c’est cher ! De 300 € en neuf à plus de 1.000 € pour une ligne complète. Autant d’argent qui n’est plus disponible pour d’autres équipements plus importants pour la sécurité. Les 300 € qui passent dans un pot bas de gamme, c’est le prix d’un bon pantalon de cuir. 1.000 € mis dans un super pot de la mort, c’est le prix d’une tenue complète de protection de bonne qualité que vous garderez dix ans. A votre avis, c’est quoi le plus important ? Votre peau ou l’impression que les gens vont retenir de votre passage pendant cinq secondes ?

Parce que c’est plus sûr ! Une partie des motards anglophones a coutume de dire (et de penser) que « loud pipes save lives ». Hélas, ce n’est pas parce qu’un slogan sonne bien qu’il s’avère forcément fondé. Les pots bruyants ne sauvent pas des vies. C’est un mythe, au mieux une erreur, au pire un mensonge. Un pot bruyant ne fera pas le boulot à votre place. Si vous roulez dangereusement dans un environnement dangereux, vous pouvez toujours faire tout le bruit que vous voulez, cela ne vous sauvera pas. Évident et simpliste ? Tout autant que de dire qu’un pot bruyant vous sauvera forcément la vie. Une moto bruyante sera peut-être mieux entendue sur la route… mais seulement si elle roule assez lentement pour laisser le temps aux autres usagers de la route de l’entendre arriver, de la détecter et de réagir. Ce qui est impossible quand on arrive avec 40 km/h (voire plus) de différentiel entre la moto et les voitures.

Pour mon bon plaisir ! Le bruit émis par votre moto, ce n’est pas vous qui en « profitez » mais ceux qui vous suivent et vous entourent… En ville, même de jour, vous pouvez pourrir la vie de tous. Le bruit excessif dégagé par un certain nombre de deux-roues (des cyclos aux grosses cylindrées) compte pour une bonne part dans la mauvaise image de la communauté motarde et dans l’agressivité manifestée par certains automobilistes à l’encontre des motards. Le bruit excessif des deux-roues est même la première source de nuisances sonores citée par les habitants de zones urbaines. Même en zone rurale, de nombreux riverains se plaignent de la gêne occasionnée par le passage répété de motos bruyantes, notamment dans le voisinage des « routes à motards » ou dans les vallées de montagne, quand le son émis se réverbère et se propage à des kilomètres à la ronde. Ce n’est pas un hasard si les « radars méduse » de mesure du bruit sur la voie publique arrivent ainsi que des interdictions de roulage les week-end sur certains itinéraires.

Le bruit, ça se remarque ! Même si c’est avec un regard de haine, on est regardé. Les gens se retournent sur le passage des motards bruyants. On les déteste, mais on les voit. Le problème, c’est que ces comportements rejaillissent sur l’image du deux-roues et de la communauté motarde. Parce qu’une minorité se comporte en inciviques, la société a une mauvaise image des motards (en résumé, tout ce qui porte un casque). Donc les « mauvais éléments » contribuent encore à pourrir notre image. Cercle vicieux, engrenage sans fin…

La problématique du bruit des deux-roues devient de plus en plus importante, centrale. Certains motards éludent le sujet en prétextant qu’en discuter serait une forme de manipulation liberticide… La communauté motarde ne pourra plus très longtemps s’affranchir d’un examen de conscience. Sur ce sujet comme sur d’autres, mais de façon très urgente sur celui-ci, les abus / dérives d’une minorité risquent de pénaliser la majorité des motards qui roulent avec un pot d’origine ou homologué, ne font pas hurler le moteur en ville, etc.

Nous tous payons (ou allons payer) les conséquences de ceux qui roulent à moto ou à scooter (de toutes cylindrées) avec des pots hyper bruyants. Encore et toujours, individualisme, égoïsme, non respect d’autrui, recherche du plaisir égo-centré et d’une « liberté » au mépris de celle des autres… jusqu’à ce que les pouvoirs publics réagissent et encadrent la liberté de tout le monde, voire les en privent. C’est la raison première de l’arrivée du contrôle technique moto !

Mais restons raisonnables et optimistes, il ne faut pas généraliser. Certaines motos ont un pot adaptable, parfois non homologué, parfois sans chicane (ou « dB killer »), mais pas toutes. La très large majorité des motos font peu de bruit. Donc, pas d’amalgame ! Quant à la solution, elle n’est pas dans la répression, qui restera de toute façon lettre morte. Inutile de lancer une loi de plus qui ne sera pas respectée. Le contrôle technique ne changera rien. La seule solution est dans l’éducation, dans le changement de comportement, pour bien faire comprendre aux conducteurs de 2RM que le bruit n’est pas valorisant.